Stéphanie Hauville, éditrice de Marmiton Magazine

Ils font la presse

Elle aura été l’un des premiers éditeurs à faire le pari du print et décliner un site web en magazine. Regard malicieux, pleine d’énergie, Stéphanie Hauville, éditrice de Marmiton Magazine, aime les challenges et se lance volontiers des défis. Sa posture ? Être toujours partante. Elle nous raconte sa vision de la presse de demain et son parcours de femme de lancements qui aime… mettre la main à la pâte !

Jeune quadra dynamique avec un large sourire qui lui mange le visage, le rire clair et l’œil qui pétille, Stéphanie affiche son plaisir d’éditrice : « Ce qui m’anime dans les lancements : la part de risque, le compte à rebours permanent avec en ligne de mire la date de sortie, le travail en équipe, l’orchestration du savoir-faire de chacun.Lancer un titre, c’est se prendre une vraie dose d’adrénaline. » Un sentiment qui la grise encore.

Parmi les lancements à son actif, et pas des moindres, celui de Marmiton Magazine , la déclinaison print du site web. En 2010, Stéphanie travaille dans le groupe allemand Axel Springer, éditeur de titres à grande diffusion et propriétaire du site. « Éditrice déléguée au sein de PGP, la filiale Print d’Axel Springer en France, je gérais avec l’éditeur plus de 150 parutions par an dont des titres de cuisine mais aussi un hebdo TV, un féminin, un magazine santé, tous vendus à la caisse des super et hypermarchés. »

« Nous avons lancé Marmiton Magazine sur un pari fou »

L’aventure commence à l’occasion des préparatifs du 10ème anniversaire du site. « Avec les équipes de marmiton.org, Il était prévu de réaliser un one shot édité pour fêter les 10 ans du site Marmiton. Avec le fondateur du site, nous avons décidé de convertir ce one shot en magazine. Un pari un peu fou. Nous n’avions du coup que quelques semaines pour le lancer sur le circuit de la vente au numéro ! Nous avons mis en commun le savoir-faire du site pour la production de contenu, les talents de l’agence Com-presse et ceux des équipes de PGP. »

Et ce fut un vrai succès. « Dès son lancement, Marmiton Magazine est devenu l’un des leaders de la presse cuisine en vente au numéro. Trimestriel, il est vite passé bimestriel. Une vraie success story !  ».

Avant Marmiton, il y a eu bien d’autres lancements à succès auquel Stéphanie a participé.
Zurban d’abord. En 2001, Stéphanie a déjà une solide expérience de la diffusion, chez EMAP (aujourd’hui Mondadori) puis chez Historia (Le Point) : « J’ai démarré par la diffusion en tant que chef produit chez Emap. J’aimais faire du réglage. C’est un bon moyen de démarrer. Mais je me suis vite ennuyée à ne faire que ça ». Déjà l’envie de bouger…

« Vivre la presse en mode Start up »

Le lancement de Zurban sera un véritable tournant dans carrière. « Une expérience passionnante ! Nous fonctionnions en mode Start up. Responsable de la diffusion de l’hebdo, j’avais aussi à gérer la fabrication, les achats papier et une partie de la promotion. J’aime avoir les mains dans le cambouis. ».

« Tout orchestrer, l’œil rivé en permanence sur le rétro-planning »

Deuxième tournant, Technikart en 2001. En pleine croissance, le titre avait des projets d’acquisition et recherchait un éditeur. « J’ai été démarchée par Technikart pour être Directrice de la diffusion, mais le poste a vite évolué vers celui d’Éditrice déléguée. Il y avait beaucoup à faire : du reporting à la régie pub. J’ai travaillé sur toute la chaîne. C’est là que j’ai vraiment appris le métier d’éditeur, ce chef d’orchestre qui coordonne toute la production du titre avec l’œil rivé en permanence sur le rétro planning et le compte d’exploitation. J’aime ce côté artisanal, même si il peut être épuisant. »

Après avoir passé 7 ans dans le milieu de la presse culturelle, Stéphanie était «  arrivée à la fin de mon histoire avec Technickart. J’avais envie d’évoluer dans un environnement plus structuré  ». Une envie qui amène Stéphanie à intégrer le groupe de presse Axel Springer et à donner une autre dimension à sa carrière. « L’éditeur adorait les lancements et me laissait beaucoup d’autonomie, tant que le succès était au rendez-vous. J’ai piloté les lancements de Disney Fun, Vivre en grand, Secrets d’Histoire et C’est pas sorcier. »

Le succès de Marmiton se confirme de numéro en numéro. « Les clés de sa réussite ? Sa communauté d’abord : les recettes proposées sont celles des internautes eux-mêmes. Ses valeurs ensuite, les mêmes que celles du site : simplicité, proximité et plaisir. Enfin sa qualité : c’est un beau produit avec une forte pagination, un dos carré collé, un gaufrage, une dorure à chaud. »

« Aujourd’hui, tout est en mode accéléré : on ne peut plus mettre deux ans à trouver son lectorat »

La qualité, c’est comme ça que Stéphanie voit le salut de la presse magazine : « Le magazine doit être un beau produit pour séduire le lecteur et valoriser l’acte d’achat. Acheter un magazine n’est plus aujourd’hui un geste anodin : l’adhésion au titre doit se faire aux premiers numéros. Dès le lancement, il faut idéalement pouvoir équilibrer le magazine avec d’autres sources de revenus.  » La diversification, le mot est lancé.

« Il faut penser diversification dès le début du projet de lancement »

Pour Stéphanie, c’est le deuxième axe de salut de la presse magazine : « La diversification est là pour assurer la pérennité du titre et générer rapidement une meilleure rentabilité. Je l’intègre dès le début du projet de lancement. C’est fondamental pour créer la marque au plus vite et fidéliser ses lecteurs ». Bel exemple de diversification : Marmiton magazine n’est-il pas la déclinaison print de la marque Marmiton ?

Toujours en mouvement (« J’ai un peu la bougeotte »), Stéphanie, en femme orchestre, continue en parallèle à accompagner d’autres éditeurs dans leurs projets de magazine et de diversification. « Comme on ne se refait pas, j’ai lancé en 2015 avec des amis Yoga Journal, magazine sous licence américaine. C’est un secteur en pleine croissance. Le titre est à l’équilibre mais c’est aussi grâce aux produits de diversification : DVD, stages et festivals. »

« Femme de lancements, mais aussi de conviction »

Stéphanie a rejoint tout dernièrement le Fonds de dotation 1% pour la Planète. C’est un regroupement d’entreprises qui verse des fonds à des associations non gouvernementales travaillant pour la protection de l’environnement. « J’invite tous les éditeurs soucieux de la préservation de l’environnement à participer sous forme de visibilité gracieuse dans leurs titres. »

« Je suis incapable de résister quand on me demande d’accompagner un projet »

Rire léger et coup d’œil pétillant : « Actuellement ? Je travaille sur le lancement d’une gamme de sauces pimentées très, très fortes et … bien sûr sur un nouveau magazine ! Je suis incapable de résister : quand on me demande d’accompagner un projet, j’y vais ! »

Stéphanie Hauville en quelques dates

  • 1973 : naissance à Mont Saint Aignan
  • 1991 : obtient son Baccalauréat Série Lettres /Langues
  • 1995 : maitrise de Droit des Affaires (Faculté des Affaires Internationales du Havre)
  • 1996 : troisième cycle en droit international de l’environnement en Angleterre
  • 1997 : DESS Droit et gestion de la presse écrite à l’IEP de Rennes
  • 1997 : en stage aux Echos (service Conférences) puis à La Nouvelle République des Pyrénées (Département Portage)
  • 1998 : Chef de Produit Vente au numéro chez Emap (aujourd’hui Mondadori) puis Responsable de la Diffusion Historia (CDD)
  • 2000 : lancement de Zurban
  • 2001- 2008 : éditrice déléguée de Technikart
  • 2008 : éditrice déléguée PGP (filiale Axel Springer France) puis éditeur en 2012
  • 2010 : lancement de Marmiton Magazine
  • 2015 : lancement de Yoga Journal France
  • 2016 : administratrice du Fonds de dotation 1% pour la Planète

Ils font la presse