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1967-1974 : LA CRISE DE CONFIANCE


Des secousses internes et le vent général de contestation conduisent les NMPP à une remise en question salutaire de leur rôle et de leur fonctionnement.
 

Depuis 1947, le fonctionnement des NMPP n'a pas changé. Les ordres de l'état-major, qui ne prise guère les réunions ni les longs rapports, sont aussitôt appliqués par des cadres formés à l'efficacité immédiate et par des salariés sans autonomie, aux tâches bien définies. En 1966, la génération formée à cette méthode s'apprête à remplacer les cadres entrés aux Messageries Hachette avant-guerre. Mais la démission du directeur général, Guy Lapeyre, bouscule les choses.

Turbulences internes

Ce brusque départ suscite une polémique. Le conseil de gérance reprochait à Guy Lapeyre d'avoir favorisé le Parisien Libéré, pour l'aider à vendre plus, au mépris de l'égalité de traitement des titres. Privé du soutien d'Hachette, Guy Lapeyre démissionne. Certains avancent une autre raison : son soutien marqué à Jean Lecanuet, lors de l'élection présidentielle de 1965. Ce fâcheux épisode souligna la nécessité, pour les NMPP, de respecter un strict devoir de réserve.

Henri Breton, nouveau directeur général, introduit la rigueur et la modernité. Il embauche de jeunes diplômés et des cadres confirmés, crée une structure de grande entreprise, avec des directions financière et commerciale, un service des études générales, un contrôle de gestion, etc.

Mais "l'affaire Lapeyre" a provoqué une mise en cause générale des NMPP. On critique le prix du service, les retards de paiement, le manque de transparence, alors que le bilan est plus qu'honorable, avec notamment la baisse des coûts de distribution (44 % en 1947, 37 % en 1965) et de fonctionnement (14 % en 1950, 12 % en 1965).

Les NMPP en ébullition

Mai 1968 s'abat sur une entreprise traumatisée et socialement fragilisée. La coupure s'accroît entre les employés de Réaumur et ceux des centres de départ, soumis à un travail éprouvant et une hiérarchie pesante.

Le 15 mai, l'entreprise est l'une des premières à se mettre en grève (avant les imprimeries). La Villette est occupée, sans l'aval des syndicats mais avec le soutien des étudiants de la Sorbonne.

Le 17, le mouvement est pris en main par la CGT qui souhaite la parution des quotidiens, seul contrepoids à une télévision contrôlée par le pouvoir. Mais la base rejette l'accord signé avec la direction et la grève s'étend aux employés. Le conflit s'achève le 4 juin, après les accords de Grenelle. Au total, avec une hausse de 20 % du salaire moyen d'un porteur, les salariés des NMPP obtiennent plus que les ouvriers de la presse parisienne. Des discussions s'engagent sur les droits syndicaux, l'aménagement des horaires, la lutte contre la polyvalence qui freine les embauches. 1968 marque surtout l'émancipation de la section messageries du syndicat du Livre, qui a su jouer sur l'antagonisme entre une direction tentée par la fermeté et des éditeurs soucieux de leurs ventes.

Réseau et éditeurs se rebiffent

Le malaise frappe aussi le réseau, qui critique le "train de vie" des NMPP. Du 24 au 27 mai, presque tous les dépôts et kiosques de la région parisienne sont fermés. Les annexes sont bloquées, les camions de presse attaqués, le papier jeté à terre. La direction, qui voit dans le mouvement une rupture du contrat commercial, ne cède pas. En 1969, la tension monte. Conscients de la mauvaise santé des éditeurs, les dépositaires demandent aux NMPP de supporter l'effort sur les commissions, en profitant des gains procurés par l'augmentation du prix des journaux.

Les éditeurs aussi sont inquiets. Pour enrayer la baisse des ventes, conséquence de l'essor de la télévision, ils testent de nouvelles formules, la vente en supermarché, les journaux gratuits, etc. En 1970, à Parly II, Le Figaro et Paris-Match tentent le portage, sans grand succès. Ces modes de diffusion déstabilisent les NMPP, qui comprennent les demandes des éditeurs mais ne peuvent se couper de leur réseau ; et quand elles créent discrètement des points de vente en grandes surfaces, c'est à la périphérie des villes, pour ne pas gêner les diffuseurs...

Réformer la vente

Nul ne conteste la qualité technique des NMPP. "Si la concurrence n'a pas joué depuis vingt ans, c'est qu'elle n'a tenté personne", dit L'Echo de la presse. Ce qui péche, ce sont les coûts de gestion. "Il faut réformer la distribution de papa".

Réagissant avec force, les NMPP lancent en 1969 un plan de réorganisation de la vente. A Paris, le nombre des annexes doit baisser de 66 à 30, le chef d'annexe doit faciliter le travail des vendeurs par une activité commerciale de jour. Les gros dépositaires de province reçoivent des ordinateurs IBM pour transmettre leurs besoins en temps réel ; un "fil direct" relie les NMPP aux principaux éditeurs pour mieux régler les ventes. Des agents régionaux, chargés d'animer le réseau, remplacent les inspecteurs administratifs. Enfin, pour traiter le papier sur place, 9 Centres Régionaux d'Invendus sont ouverts en 1972.

Pour effacer "tout ce qui peut donner l'idée d'une administration tentaculaire", les NMPP jouent la concertation avec les syndicats de vendeurs. Les relations s'améliorent : en 1969, un contrat-type est signé avec les dépositaires, et les diffuseurs obtiennent la fin des avances sur règlement.

En janvier 1974, Henri Breton cède la place à Jean Bardon, alors que couve la crise économique mondiale.
 

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