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1960-1967 : LE TEMPS DES RÉFORMES


Audace des choix logistiques, informatisation précoce, propositions souvent novatrices... les NMPP expriment avec force leur volonté d'adapter la distribution de la presse à son époque.
 

Au début des années 60, la presse nationale va mal. Les quotidiens régionaux assurent 64 % du tirage, contre 45 % avant-guerre. Surtout l'introduction du  marketing stimule les magazines, qui segmente leurs marchés (jeunesse, auto, télévision, etc.). Quoique plus rémunérateurs que les quotidiens, les magazines signifient, pour les messageries, une hausse des tonnages et un fort taux d'invendus. Or, le "bel outil" NMPP arrive à saturation.

Rationaliser la logistique

En 1962, la logistique NMPP repose sur 9 trains spéciaux (5 "magazines", 4 "quotidiens") et 600 véhicules routiers. Mais la rue Réaumur est envahie par les camionnettes et on ne tient plus les délais. Pour gagner du temps, il faut implanter les centres de départ dans les gares elles-mêmes. Un site est ouvert en gare de Lyon en 1960, le Charolais, un autre à la Villette en 1962. Mixtes, ils traitent les magazines le jour, les quotidiens la nuit. De même, le centre des invendus de Javel est transféré en gare de Pantin, à Bobigny.

Regroupement et traitement des journaux... ...de jour comme de nuit.

le Charolais

la Villette

Les trains spéciaux "quotidiens" atteignent aussi leurs limites, et les éditeurs protestent. On recourt alors aux avions spéciaux. En 1960, le Bréguet régulier Paris-Marseille est secondé par un DC 3 spécial ; en 1961, 2 Vanguard de nuit assurent la liaison Paris-Toulouse-Marseille-Nice (et remontent vers Paris chargés... de fleurs). Les quotidiens parisiens touchent ainsi 400 nouvelles localités, le jour de leur parution et non plus le lendemain.

Le choix de l'informatique

La mécanographie, trop lourde et inadaptée aux volumes à traiter, passe le relais à l'ordinateur. En 1962, après Renault et le groupe Drouot, les NMPP sont la 3e entreprise française à s'informatiser. Dès 1962, IBM et ses "mastodontes" font des NMPP une entreprise pionnière en matière d'informatique. En l'absence de marché spécialisé, elles doivent former elles-mêmes une vingtaine de programmeurs internes.

Trois fois par jour, 6 gros ordinateurs IBM traitent les changements de service, les offices, la sortie des documents, à la vitesse de 166 600 opérations par seconde. Premiers bénéficiaires du système : les kiosquiers de Paris, auxquels on veut faire oublier la baisse des remises... Cette informatisation réussie doit beaucoup à l'implication de la direction, à l'expérience des NMPP dans la gestion de projets et à d'importants moyens financiers.

Les invendus en question

Sur le problème des invendus - 15 % en 1953, 31 % en 1964 -, chacun se renvoie la balle. Les éditeurs sont accusés de mettre en vente trop de papier, les dépositaires de mal gérer leur stock, les diffuseurs de méconnaître leur métier, les NMPP de surfacturer les retours, sans compter les aléas de la demande (fêtes, vacances, actualité, etc.)

En 1965, les NMPP proposent en vain de pénaliser les titres dépassant un certain taux d'invendus. Les autres pistes - traitement sur place des invendus, meilleure information des éditeurs, renforcement de l'informatique - ne donnent guère de résultat.

Augmenter les ventes

En 1961, c'est l'alerte financière. Pour la première fois, le chiffre d'affaires des NMPP stagne tandis que les charges s'accroissent, en raison de la hausse du coût du transport (notamment aérien), des cotisations sociales et du prix de vente des journaux, mais aussi de la concurrence de la radio, de la télévision et de la guerre d'Algérie.

La presse cherche par tous les moyens à augmenter ses ventes. On accélère la modernisation des boutiques (5 400 magasins en 1963) ; à Paris, en 1964, on lance un nouveau kiosque censé rapprocher le lecteur du vendeur. Pour multiplier les points de vente, notamment dans les villes-champignons de la région parisienne, les NMPP misent sur les commerces de proximité (stations-service, supermarchés, pharmacies, etc.). Le portage à domicile, délaissé depuis la guerre (sauf en Alsace et dans le Nord), séduit à nouveau pour son rapport qualité/prix et parce qu'il permet la livraison du journal avant les premiers flashes radio. France-Soir, L'Aurore, Le Figaro, le Parisien Libéré s'y essaient, sans résultat durable.

L'adaptation du mode de distribution déclenche de vifs débats dans le réseau, mais sa nécessité devient de plus en plus évidente.
 

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