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1947-1960 : L'ESPRIT PAPIER A L'ÉPREUVE


Nées dans un contexte difficile, sur des bases originales mais solides, les NMPP offrent à la presse un outil performant et s'ouvrent aux exigences de la société de consommation.
 

En 1944, dans les locaux des Messageries Hachette, rue Réaumur (Paris 2e), les éditeurs de la Résistance créent les Messageries Françaises de Presse (MFP). La situation de la presse parisienne est alors critique. Les titres foisonnent mais le papier est rationné, la diffusion désorganisée, le pouvoir d'achat réduit. Mal gérées et fragilisées par la grève des rotativistes, les MFP tombent en faillite en 1947. Les éditeurs exigent alors une réorganisation de la distribution, sans pour autant revenir au monopole d'Hachette d'avant-guerre.

La nouvelle règle du jeu

"jamais je n'aurais pensé que la loi Bichet durerait aussi longtemps, (...). En 50 ans, elle a donné de bons résultats". Le parti communiste, partisan d'une société nationale, s'oppose au MRP, qui prône une structure coopérative. Le 2 avril 1947, Robert Bichet, ancien ministre MRP de l'Information, fait voter un compromis qui prévoit : 
- la liberté pour tous les titres de choisir leur mode de distribution ; 
- l'obligation, pour ceux qui souhaitent grouper leur distribution, de se constituer en coopératives, afin de garantir l'égalité de traitement ; 
- en cas de sous-traitance, l'obligation pour les coopératives, par souci d'impartialité, de contrôler les sociétés de messageries. Un Conseil Supérieur des Messageries de Presse (CSMP) doit veiller à l'application de la loi.

La loi Bichet donne naissance aux NMPP, aux Messageries d'Art et d'Elégance (Vogue, Les Cahiers du Cinéma) et à Rhône-Alpes Diffusion, tandis que les Messageries Lyonnaises de Presse et Transports Presse, déjà existantes, adaptent leurs statuts.

La mise en place de la maison

Les NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne) sont fondées le 16 avril 1947. Leur capital est détenu à 51 % par 5 coopératives de distribution et à 49 % par la Société de Gérance des Messageries, filiale d'Hachette.

En 1950, l'entreprise obtient l'exclusivité territoriale, qui oblige tout membre d'une coopérative adhérente à confier sa diffusion aux NMPP sur toute la France (un éditeur ne peut se réserver les zones bénéficiaires et laisser aux NMPP les plus coûteuses). En outre, pour simplifier la gestion, les magazines - alors minoritaires - sont traités comme les quotidiens.

L'organisation reprend la hiérarchie "militaire" des Messageries Hachette. Brigadiers, chefs de section et de réseau font respecter la division du travail chez les 3 500 salariés. En contrepartie, la politique sociale est d'avant-garde : service médical, dispensaire gratuit, crèche, bibliothèque, gymnase, troupe de théâtre, etc.

Absorber des volumes croissants

Dès 1947, en prévision d'un volume croissant de papier, un puissant matériel IBM renforce la mécanographie : chaque jour, 28 000 modifications de service et 15 000 factures sont traitées par 2,5 millions de cartes perforées.

Le réseau commercial compte 40 000 points de vente. Dans Paris et sa proche banlieue, 63 annexes fournissent chaque matin 2 700 kiosques, cafés et camelots ainsi que 400 bibliothèques de gare, de métro et de grands hôtels. Les journaux du soir sont portés sur place par 550 cyclistes et motocyclistes. Dès la tombée de la nuit, la chevauchée fantastique à l'assaut de Paris.Pour la grande banlieue et la province, 190 voitures foncent chaque matin vers Dijon, Metz ou Rennes, déposant dans les gares de passage les colis à réexpédier. 420 trains desservent ainsi 3 200 dépôts. Pour le Midi et l'Afrique du Nord, on recourt aux avions spéciaux et, pour l'Extrême-Orient et l'Afrique Noire, aux longs courriers réguliers.

 

 

La presse parisienne devient nationale

Cependant la presse change de visage. De 1949 à 1957, les quotidiens stagnent tandis que les magazines passent de 400 à 667 millions d'exemplaires par an.

Surtout, les éditeurs exigent que les quotidiens soient diffusés partout. En 1953, les NMPP créent des points d'éclatement pour atteindre les endroits reculés, mais cela ne suffit pas. La radio a donné au lecteur le goût de l'information rapide, et les quotidiens doivent arriver en même temps que la presse régionale. La solution est dans les trains spéciaux ; le premier est lancé vers Tours en 1955. Le papier imprimé à minuit est en vente dès 5 h à 400 km de Paris. La presse parisienne devient désormais nationale.

Moderniser les points de vente

La nouvelle société d'abondance engendre une crise du commerce traditionnel, qui secoue le réseau. La presse découvre alors l'importance de la qualité du lieu de vente : le "consommateur" veut voir ce qu'il achète.

En 1953, à la demande des éditeurs, les NMPP créent un "bureau de propagande" et une "boutique-témoin", chargés de convaincre les diffuseurs d'entrer dans l'ère moderne, d'abandonner ficelles et pinces linge... L'objectif est de moderniser tous les postes de vente en 10 ans. En 1956, les ventes des magasins rénovés ont déjà progressé de 25 % et le bureau de propagande est passé de 5 à 42 employés. L'entreprise de logistique a pris une dimension commerciale.
 

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